Au cœur de la lumière, Stan se gargarise… et s’embête un peu. ‘Le boulot de dieu, c’est en fait très ennuyeux, heureusement que je l’ai mis au frais planqué à mes pieds, on va pouvoir causer. évidemment qu’il n’est pas mort, tas d’anges impies, Dieu ne saurait mourir, qu’est-ce qu’on leur a appris à ces culs blancs, à part des simagrées’

Satan a donc seulement confisqué Dieu, au cas où les choses se corsent, mais tout se passant comme sur un billard, il n’a plus besoin d’otage. En revanche, d’un convive avec qui discuter, ça se tente…

– Dis donc, tes anges, c’est des agneaux de dix jours, ça suit le premier venu, regarde-les adorer sans plus de question leur nouveau maître : Moi. D’ici une ou deux éternités il n’y aura plus personne nulle part pour se souvenir de toi, tes anges sont déjà miens, c’est du joli l’obéissance … je peux te dire qu’avec les miens, ça ne se serait pas passé comme ça.

Dieu ne répond rien. Il sourit.

– Et quoi ? Rien à dire pour leur défense ? T’as raison, sont impardonnables. Mais chantent bien, y a pas à tortiller, ta chorale elle est d’enfer, les miens ne savent que gueuler et grincer des dents, beaucoup moins sympa.

Dieu ne répond toujours rien. Il sourit.

– Et alors ta maman t’a pas appris à dire merci quand on te complimente ? Mais parle-donc, cornediou… tiens, t’as qu’à me raconter une histoire.

Soit. Dieu sourit… et va raconter : une vieille parabole qu’on aime beaucoup par ici.

– C’est l’histoire d’un père et de sa descendance. Pour faire simple, ne parlons que de deux de sa multitude d’enfants.

Alors d’abord, il y a l’ainé, respectueux, travailleur. Et il y a l’autre. L’autre trépigne dans leur maison trop petite et trop sage, il se trouve trop grand et part, emportant autant de richesses qu’on lui confie. Il va faire la vie, libre de semonces et de conseils : il dilapide sa fortune en femme très belles, festins et jeux de hasard. Très vite voilà notre orgueilleux devenu miséreux, à errer dans un désert de pierres gelées, sans rien pour le nourrir ni personne pour le chérir. Il se résout alors à rentrer chez son père, ne serait-ce que pour manger, et ira même pour cela jusqu’à demander pardon.

Lorsqu’il le voit de loin sur le chemin du retour, le père exulte, fait préparer un banquet avec musiciens, et lui laisse la place d’honneur à sa table. Le fils s’y installe, et le père, heureux, sourit.

– Mais je la connais déjà celle ça, un classique. Et tu oublie le meilleur : l’ainé…

– L’aîné…L’aîné se croit lésé, et s’en plaint haut et fort.

– il est jaloux ce brave garçon, je soutient complètement.

– Oui, il se trompe, c’est malheureux. C’est comme pour tous, avoir appris la jalousie en même temps qu’à compter, et souffrir… Mais le Père prend donc son fidèle ainé sous son bras, lui montre son domaine et le rassure «  tu est ici chez toi, ton frère perdu est revenu, réjouissons-nous ensemble ». Ce qu’ils font.

– Elle est nulle ton histoire, elle finit bien.

– Et oui, ici c’est le Paradis, les histoires finissent bien. Tu verras, tu t’y feras très bien.

 

 

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