Après avoir lu et relu tous les programmes, j’ai fait un test, pour mettre des chiffres sur mon mal-être d’électeur : conclusion : pas d’accord à égalité absolue entre nos deux finalistes…. Même pas un petit point d’écart, rien pour me conforter.

Me voilà bien avancée.

Et si je ne votais pas ? ou blanc?

Hum… oui, mais…

Mais… j’ai la chance d’avoir le droit de vote, alors un peu comme « finis ton assiette, et si ça peut te motiver, souviens-toi qu’il y a des enfants qui crèvent littéralement de faim ailleurs dans le monde, ou qu’il n’est pas question que ce poulet mort pour te nourrir termine à la poubelle, ses protéines gâchées en vain »  : Ne pas faire usage de son droit de vote, c’est du dédain.

Mais … si tu ne fais pas de choix, les autres le feront pour toi, et te l’imposeront, que ça te plaise ou non : et ça, clairement j’aime pas.

Donc à défaut d’adhésion, votons, par élimination.

Ce sera soit l’un soit l’autre, de toute façon. Le débat de faire valider les votes nuls n’étant pas applicable à ce jour, inutile de se perdre à le regretter.

Et là, là, sauvée par le débat de mercredi, je peux enfin répondre :

Ce ne peut pas être Marine Le Pen.

J’ai presque une pensée apitoyée pour ses militants, que je serais eux, je la sortirais fissa, avec un coup de pied au postérieur, parce que avoir réussi à se hisser aussi près du pouvoir, et saloper le truc à ce point, c’est à croire qu’elle – à l’instar des formations politiques qui ont perdu au premier tour – prépare non pas la présidence de la République, mais le combat législatif.

En somme, elle voudrait perdre afin de pouvoir rester dans sa zone de confort qu’est l’extrême opposition, elle n’aurait pas eu d’autre comportement.

Dénigrer dénoncer moquer, c’est pour les empêcheurs, pas pour les leaders. Et encore moins quand il s’agit d’un pays qu’on clame tant aimer.

Marine le Pen a donc, avec force éructation, chorégraphie, mauvaise foi, impréparation hallucinante de ses dossiers en pile brouillonne devant elle prouvé une chose : elle a atteint son seuil d’incompétence, elle ne serait tout simplement pas capable de gouverner, et encore moins de discuter avec d’autres chefs d’Etats, ou l’Europe.

Honnêtement, merci. Je suis désormais certaine de pour qui je ne peux pas voter.

Alors que, j’avoue, son discours sur l’Europe ayant évolué ces derniers temps, je m’étais dit ceci :

Madame Le Pen a réalisé que la Présidence était, pour la première réelle fois, à portée d’urne. Ce qui signifiait diriger le pays tout entier, et donc devoir mettre de l’eau dans son vin pour être la présidente de tous les français, discuter avec l’Europe (dont oui, nous crevons de trop d’intrusions et d’empêchements, et de recours, et de délais, …) de façon forte « si on parle pas sérieusement, on part, sérieusement », la menace est une réelle arme de négociation, et son côté très décidé crédibilise la démarche. Le poing sur la table, ça eut pu marcher.

Genre, pour l’Europe, et pour tout le reste, elle aurait été fine, et compris qu’il faut aussi discuter, s’adapter, nuancer… pour pouvoir gouverner.

Et je me serais assise sur le fait que voter pour elle est loin d’être à mon avantage personnel.

Parce que la préférence nationale, je la pratique déjà : j’achète français, autant que je peux et que je sache.

Parce que régler le problème de l’immigration économique en aidant l’Afrique à s’en sortir, ça me semble une piste très valable.

Parce que la francophonie n’est pas un vain mot pour moi.

Parce que nous manquons de place dans nos hôpitaux, et qu’il serait normal que ceux qui ont cotisé toute leur vie professionnelle puissent être soignés ou faire soigner leurs enfants dans des délais et conditions raisonnables, avant d’autres qui ne cotisent pas. Parce que tout le monde ne peut pas s’offrir une clinique privée.

Parce que les travailleurs détachés, c’est un scandale. Le meilleur moyen de faire encore baisser les salaires, et d’engranger moins de cotisations à répartir : les français n’ont rien à y gagner.

Parce que notre agriculture est une assistée européenne, et que comment être fier de ce métier pourtant vital s’il dépend de subsides extérieurs, si malgré tout le travail, on ne peut pas vivre sans aide.

Bref,

Ce sera donc Macron.

Qui a, lui, en toute honnêteté, prouvé sa capacité à répondre à toutes les attaques, puis remettre le débat au cœur de son but : expliquer son projet.

Je lis beaucoup que ce n’était qu’un pugilat. Je ne suis pas d’accord : ça l’a été aussi peu qu’il l’a pu. C’était pour le moins compliqué puisque il était le seul à vouloir débattre d’idée et de programme. Il a réussi à garder son sang froid, et ramener un peu de décence un nombre admirable de fois.

Je note donc que :     1/ il a un programme clair, chiffré.

2/ il connaît ses dossiers (ça me semblait couler de source pour un candidat à la présidence, mais vu MLP, en fait, j’ai découvert qu’on peut briguer la plus haute position en touriste bordélique éhontée)

3/il fait des appels du pieds à droite comme à gauche, parce que oui, il aura besoin de pas mal de cohabitation pour pouvoir gouverner avec et pour tous les français.

4/ pas si gamin, capable de s’affirmer, de ne pas lâcher la parole, de ne pas se laisser distraire. Bref, une stature qui pourrait être celle de chef d’Etat. Avec preuve d’autorité et de ténacité.

Mais j’ai beau avoir essayé de toutes mes forces, j’apprécie la performance, mais n’adhère pas.

Alors oui, il est intelligent, fûté même, ambitieux c’est bien normal, mais n’est-il pas trop tout cela ? Disons que non. (mais quand même, c’est un communicant très adroit)

Disons aussi qu’il est honnête (je veux être naïve si nécessaire) et qu’il aime les français.

Mais tout de même, réduire la France à n’être que la 5eme puissance économique mondiale…. Pardon mais c’est un peu court jeune homme.

Alors peut-être que ne régler que les problèmes économiques est un moyen de ne pas envenimer la vie politique en évitant pragmatiquement tout ce qui ne relève pas de croissance et de revenus. Retrouver un peu de sérénité en n’attaquant pas les sujets qui fâchent.

Peut-être que le dossier économique est déjà tellement lourd, y ajouter fatalement la lute contre le terrorisme, c’est bien suffisant. Qu’on règle les urgences en premier.

Et puis quand tout ira mieux (si tant est que les autres formations politiques soient assez soucieuses du mieux public pour ne pas passer 5 ans à l’empêcher de faire ce pour quoi il s’est présenté et aura été élu, et si tant-est que ça marche, et si tant-est qu’il ne soit pas –trop- l’héritier de Hollande comme le craignent beaucoup mais que je ne crois pas quant à moi) alors on pourra reprendre un peu de hauteur, et avoir les vrais débats démocratiques qu’on ne peut pas toujours laisser sous le tapis, sous prétexte qu’il y aura des convictions forcément opposées et que les débats ça peut être dur.

Parce que, autant en terme économique, crédibilité budgétaire, amélioration de la sécurité et de la justice, le programme de Monsieur Macron peut se tenir,

Mais quid de ce qui nourrit les communautarismes, de la transition énergétique, de mère nature, de qui sommes-nous, de quelle place intellectuelle et culturelle voulons-nous tenir, de notre rôle dans le monde… ?

Parce que j’ai la faiblesse ou l’orgueil de considérer que ma patrie est bien plus que des chiffres (histoire, philosophie, droit, arts, création, sciences, …).

Alors je vais voter…

…pour un projet intelligent, mais économique, comme lacunaire, comme applicable à n’importe quel autre pays ou grande entreprise, comme pas vraiment français.

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