– Maman, est-ce que ça compte « True lies » comme film pornographique ?

– ? …. Tu veux dire le film d’espion avec Schwarzeneger ? Quand sa femme se trémousse autour du lit à baldaquin ?

– Bah…oui…non ?

J’adore mon fils, aussi irrécupérablement décalé que moi à son âge : 14 ans. (non, ça craint pas)

Parler du sexe comme partie intégrante de son corps, comme objet et vecteur d’amour, et d’épanouissement, parler contraception et adoption, on a fait et on continue, la première fois à sa demande, il devait avoir 8 ans. Ce n’est pas tabou, c’est nous, les hommes et les femmes.

Mais la pornographie… comment dire, je n’y connais rien, de rien, du tout, et je n’en n’ai pas l’envie, du tout. Alors parler de ce qu’on ne veut pas connaître, avec en tête une petite voix off qui met franchement en doute l’intérêt qu’on va essayer de lui accorder : faire surgir des bas-fonds un danger qui n’existera peut-être que parce qu’on l’aura nommé, éveiller du coup la curiosité de celui qu’on veut protéger, et lui ouvrir une porte dont il se passait si bien avant. Est-ce si judicieux ? N’est-ce pas plutôt pernicieux ? L’enfer comme on dit, est pavé de bonnes intentions…

Etat d’esprit très ouvert donc, dans lequel je suis allée hier soir à une conférence sur ce sujet entre autres.

Elle s’appelle Thérèse Jacob. Jeune femme franchement très jolie, à la gestuelle sans corset, naturellement féminine, élégamment à la mode mais sans ostentation… on aime, bien sûr. L’œil est un redoutablement rapide étiqueteur… et un honteux instilateur de soupçon : une si jolie fille, ce pourrait complètement être une carriériste superficielle, mais pas si gourde néanmoins pour se priver d’user de cette charmante apparence physique pour faire passer des vessies pour des lanternes… on (moi qui assume être une sale bête, et certainement aussi quelques autres dans l’assemblée) attend la suite, jugement prêt à être dégainé.

Une voix vivante et douce en plus, pour dire merci d’être venus si nombreux, pour confesser (habilement peut-être) qu’elle est impressionnée d’un tel afflux, et qu’elle espère avec toute notre indulgence qu’elle pourra répondre au mieux à toutes les questions qu’elle a reçues par internet … ce ne sera pas une conférence mais plutôt un échange fructueux dont elle se réjouit. Elle est debout, à l’américaine comme la belge qui vécu à New York qu’elle est, maitrise admirablement le jeu de scène, la spontanéité à peine travaillée, jusqu’aux pauses dans le discours : on apprécie la performance à sa plaisante valeur, et on attend le fond…

Et le fond, ce n’est pas rien. Nous tous assis sur ces strapontins sommes venus enquêter un peu sur cette « éducation affective et sexuelle » qu’on donne sans nous à nos adolescents et enfants. Nous sommes des parents d’élèves. Concernés et consternés : on a ouï dire et même pour certains d’entre nous lu dans les journaux que le porno sévissait, violemment, addictivement et en masse auprès de nos chérubins, y compris à des âges où nous en étions encore pour longtemps à nos playmobil… bref, on (moi, en tout cas) est inquiets autant qu’incrédules, et donc très attentifs.

Sautons directement à la conclusion : Madame Jacob est sexologue. Une vraie qui résout les problèmes dans ce domaine, donne des conseils… http://theresehargot.com Bien. Mais ce n’est pas tout et tant mieux ce serait un peu court à mon sens : elle est femme et mère, elle vit ce dont elle parle, et pour élever le débat autour de la bonne dynamique, son bagage universitaire est philosophique. Elle replace donc le corps à sa juste place dans notre trinité identitaire. Nous ressentons avec notre corps, nos émotions, et notre cerveau. Triptyque interagissant pour notre meilleur épanouissement. Que dire ? Qu’on est d’accord ? Qu’on le savait déjà que nous sommes corps-âme-cerveau tout ensemble? Certes. Mais comme pour toute évidence, elle gagne à être répétée assez souvent pour ne pas se laisser ensevelir. Et puis elle gagne aussi à être illustrée, tant il est vrai qu’un discours sans réalité n’est plus que fumisterie.

Alors, de quoi en détail avons-nous discuté ?

De son écoute, et de la possible notre. De l’utilité de ce bouquin au titre parlant à défaut d’être concis : « Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent ». (de tout).

Des dangers d’internet. Oui, encore. Du fait qu’à 10 ans un petit garçon peut déjà croire que s’il a des questions sur le sexe, YouPorn c’est très instructif, tuyau qu’il tient de son grand frère de 12 ans… des filtres parentaux qu’il faut mettre en place dès hier, de la maitrise du surf pas à toute heure, pas partout, pas planqué sous la couette par exemple.

Que le porno cuvée 2000 et suivantes, ce n’est plus du tout les pauvres scenarii pour finir au lit ou ailleurs avec des ahh et des ohhh bien accentués, à essayer de décrypter sans décodeurs… non. Ça c’était juste pitoyable. Ce qu’on donne (parce que c’est largement gratuit pour appâter) à voir, ça relève du grand dégueulasse, malsain outrancier. Le border line c’est trop has been, la cuvette est beaucoup plus riche – et enrichissante.

Beurk et frisson de dégoût rien que d’y penser. Mais ça c’est moi. Alors qui ? Mais oui, QUI de nos enfants se soulage devant ces horreurs ? Madame Jacob hésite, on ne va pas aimer, pas du tout, ce qu’elle va répondre. « Les gentils, les sages, les premiers de classe discrets » Parce que le porno, c’est l’addiction la moins voyante, la plus rapide. Pas besoin comme exutoire à ses désordres hormonaux d’être gothique et d’insulter les profs, pas besoin de bécane pour foncer comme un rebelle (un dur, un vrai) à sens inverse de l’autoroute. Pas besoin de faire le mur pour trainer en fuck-me-boots dans des rades pseudo open-minded. Besoin de rien, ou presque : un smartphone suffit, en deux clics pour y être, et un pour feindre de n’y être pas.

L’extase à portée de main, sans autre risque que celui de se faire choper. Risque qui d’ailleurs participe aussi au début de l’intérêt : braver l’interdit, c’est si bon.

Maintenant qu’on sait et qu’on déplore le qui. La question est COMMENT. Là encore Madame Jacob sait qu’elle marche sur des œufs. Parce que la réponse est multiple : les copains bien sûr, bandes de mauvaises fréquentations… mais les commencements sont plus souvent qu’on ne le croit à la maison. (pause embarrassée) Les vertus de la publicité personnalisée sans doute, mais sur l’ordinateur familial, des pop-up, des historiques, un oubli un jour…. Cher Parents, l’addiction au porno n’est pas réservée aux seuls adolescents, loin de là. Et chers parents également, sachez que ça se soigne, qu’à tout âge on peut s’en libérer. (à bon entendeur) (j’en reste pour ma part sur les fesses, et me retiens de me retourner pour tenter de deviner un soupçon de gêne dans quelques yeux de l’assemblée. Alors que c’est évident que ce n’est pas comme les boutons d’acné, ça ne disparaît pas par enchantement dès qu’on est grand. Combien naïve je reste, bref)

Maintenant qu’on a le Comment et le Qui, on peut parler du plus important : le Pourquoi.

Réponse 1 : Pour se documenter sur le comment il faut dans ce domaine là aussi, se montrer ultra-performant : faudrait voir à pas passer pour des cons trop droits qui ne savent pas se servir de leur matériel ou des oies blanches ignorantes des plus élémentaires fantaisies.

Réponse 2, la plus écrasante : Pour évacuer le Stress

Parce que oui, ils sont stressés ces ados, surtout les lycéens. Ils le sont tellement qu’ils ne sont plus que ça. Parce que c’est maintenant que se décident leurs futures études, qui conditionneront leurs futures carrières, qui sont la clé de leur vie.

….

« Et sinon, tu as des projets ? Des rêves ? Et ta vie, ce ne sera qu’un travail et le niveau de vie adéquat ? à quel moment tu penses à toi, à tes sensations tes sentiments, dans quels sens tu veux aller, avec qui, et une famille et des enfants ? Non ? Pas trop ? »

Ils (et elles bien sûr) ont 16 à 17 ans, l’idée qu’ils se font de leur vie projetée est amputée d’à peu près sa totalité : d’eux. Ce sont donc des travailleurs scolaires forcenés, qui ne s’écoutent pas, ne mettent pas de nom sur leurs sensations, ne prennent pas le temps de se poser : ils avancent, au rythme des notes dont ils craignent à tout instant qu’elles ne sonnent le glas de leurs espoirs de carrière.

Alors ils stressent. Vont donc faire un tour sur un porno, ça soulage, l’espace d’un bref répit, on ne pense plus. Et puis, et puis, et puis il y a la honte qui remonte, le « je sais bien que ce n’est pas glorieux, que ce que je regarde n’est pas sain, que c’est du faux prêt à consommer » et quand on a honte, qu’est-ce qu’on fait ? On tourne, on retourne, on se pourrit la tête, et on stress. Et qu’est qu’on avait trouvé déjà, pour déstresser vite fait ? Et oui, un petit porno. Cercle vicieux.

Il faut du courage à ces addict, pour venir voir Madame Jacob. Elle les accueille, les écoute, leur permet de se pardonner, et petit à petit, leur apprend à se connaître et à prendre soin d’eux. Et bien évidemment, elle leur propose des moyens alternatifs de retrouver leur sérénité intérieure, des moyens qui donnent de la force plutôt que de plomber leur sexualité en construction, leurs idéaux et l’image qu’ils se font d’eux.

Cette image, si floue et si chaotique, de ces adolescents qui ne sont pas que des cerveaux à plein régime aux corps en ébullition. Elle leur donne et redonne chaque fois que besoin les clés de leur troisième dimension, celle précieuse de l’affectif, envers soi et envers les autres.

C’est trop long, alors qu’il y a tant à dire.

Sur comment apprendre à parler, dire en choisissant les mots permettant l’échange.

Sur comment la séduction est un vrai plaisir, vazi Monsieur séduit ta femme, avant qu’elle en ai marre de n’être plus que la mère de tes enfants, et vazi Madame pareil, titille un peu ton ours avant qu’il ne te délaisse pour l’avoir laissé s’endormir dans ses charentaises.

Sur le fait que déclarer à son ado – parce qu’on est évidemment très ouverts sur la question, et même qu’on tient à prouver qu’on est pour – « faire l’amour, c’est très beau, parce que c’est de l’amour (sentiment), qu’on fait (physiquement) ensemble » c’est très pas crédible si l’amour ne circule pas dans la maison, si papa et maman ne se touchent plus. Ben oui, faites ce que je dis, pas ce que je fais, ça ne marche pas non plus pour le sexe, faut pas prendre les ados pour d’innocents aveugles.

Sur le fait que souffrir pour avoir aimé fait partie du grandissement, et que non, on ne pourra pas en protéger nos merveilleux enfants, et c’est bien ainsi.

Sur le fait que le sexe sans sentiment est un énorme foutage de gueule au final très insatisfaisant. Que faire du sexe pour se délasser la tête, en croyant préserver son cœur, est un exercice périlleux et déséquilibrant, parce qu’il tente de faire fi de notre cohérence entière.

Sur les petits couples trop tôt formés d’adolescents qui ne se construisent qu’en miroir de deux incomplets, alors qu’on a besoin de s’être trouvé et déployé soi-même avant de se partager.

Enfin, tant de choses, donc, toutes de valeur. Toutes évidentes dès lors qu’on les rappelle. On aime décidemment beaucoup cette dame, on rappelle donc son blog là : http://theresehargot.com

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