En voilà encore une de ces poseuses qu’on dégaine doctement pour se dédouaner d’un pas très joli mensonge par omission, ou d’une autre sorte de lâcheté…

On n’aime pas trop, mais on trouve néanmoins que c’est une base assez provocatrice pour être discutable.

Et d’abord toute vérité, au singulier. Comme s’il y avait une seule Vérité, et qu’il était question d’en donner tout ou partie.

La vérité, mise à part lorsqu’elle porte sur un fait établi (ce qui est déjà contestable : plusieurs personnes voient la même scène, elles la décriront toutes de leur plus fidèle, mais pas uniformément) qui devrait plus justement porter le nom de réalité, n’est pas une. Même en science, où règnent pourtant vérifications et mises à l’épreuve interminables, rien n’est gravé dans le marbre.

Toute la vérité : on vous dit tout, on ne vous cache rien. Promesse en Justice, dénonciation en Politique. Où commence l’interprétation, doit-on y intégrer les tenants et les aboutissants… j’aurais envie de dire que plus de vérité est nettement préférable.

Mais pour les autres domaines ? 7 milliards d’individus, 7 milliards de vérités… qui est le vrai Dieu ? Où est la vrai bonté ? Dis-moi la vérité ! Avoue vraiment, tout ce qui c’est passé, tout ce que tu pense, ce que tu sais, ce que tu as fait, ce que tu n’as pas fait. Et dois-je lui dire la vérité ? La lui dois-je ? Toute la vérité ? Mais quelle vérité ? Ce ne sera honnêtement que la mienne.

Si certaines vérités sont des réalités factuelles, la plupart sont en réalité un avis, une opinion, un jugement, à un moment donné. Et ont une intention, un but.

« pas bonne à dire » : ça dépend de ce qu’on entend par bonne. Bonne, comme généreuse, comme jouissive même vicieusement ? Et donc pas bonne, comme inversement, condamnant le déclarant au rôle du mauvais, que personne ne devrait vouloir endosser. Et puis qu’entend-il en faire, de toute cette vérité à dire ?

Étaler sa science et sa perspicacité, se faire mousser en appuyant sa haute valeur sur les lacunes et faiblesses du reste du monde. Ou encore dire à l’un ses 4 vérités – longitudes, latitudes, amplitude et profondeur de ce qui est mal chez lui – un jugement comme une sentence exhaustivement étayée, et même si c’est pas gentil, c’est pas volé (le monde est plein de crétins suffisants, et méchants en prime). Voilà des motivations certes peu animées de bons sentiments, mais comme on dit, il n’y a que la vérité qui blesse (vraiment bien)…

Dire toute la vérité, c’est aussi parfois une tellement égoïste confession, pour se délester d’une faute, la partager et qu’elle devienne moins lourde. Sous couvert de transparence, c’est quémander une bien pratique absolution. Il y a des prêtres, des psy, des bains purificateurs pour ça, et ce n’est pas vraiment de la vérité, c’est de la boue. Qu’a-t-il fait de si mal, le malheureux récipiendaire de toute cette « vérité » pour avoir à écoper tout ce trop plein de mauvaise conscience ?

Mais dire la vérité c’est aussi souvent par très bonnes intentions. C’est pour aider, pour réorienter un prochain qui s’égare nous semble-t-il trop dangereusement, un qui si seulement il savait, mènerait tout autrement sa barque, un qui ne se voit pas devenir laid, idiot, tordu, et que sais-je encore qui navre son entourage attentif, et qui n’est pas son vrai lui.

Mais quelle vérité ou quelle partie de cette vérité sera suffisante pour faire réagir le patient, sans le condamner ?

Car dans dire, il y a entendre, de celui qui reçoit.

Cet air revêche qui s’accentue et fait fuir, cette arrogance qui ne fait pas mieux, cet aveuglement amoureux qui fait ignorer sciemment ou non ce qui ne devrait pas être, ce gargantuesque appétit de futilités,… toutes ces choses qui pour être vraies ne sont peut-être que des symptômes. Et appuyer dessus, les rendre plus palpables parce qu’ils ont été nommés, est-ce vraiment soigner ?

Car si l’émetteur s’est trouvé être maladroit ou à contretemps, cette vérité sera entendue comme un reproche gratuit, une attaque en règles : Pas moyen d’en faire quoique ce soit d’autre qu’un peu plus de désolation, ou de crâneries stériles.

Alors de peurs, de paresses, de désintérêts ; se taire, ne rien dire, ne plus aider ?

En somme, toute vérité n’est pas bonne à dire.

Non, en effet, mais c’est un peu court.

En revanche toutes vérités bienveillantes peuvent être bonnes à entendre, reste à choisir le bon moment, et le bon chemin.

PS : et puis n’oublions pas la quantité et la qualité non négligeable de belles vérités à dire et redire. Celles-ci, on n’en abusera jamais assez.

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